Skip to content

Éthiopie : sur la route de l’encens solidaire

Publié par jeunescathos le 18 septembre 2012 - Engagements

Dans la région du Tigray, au Nord de l’Ethiopie, une initiative solidaire inédite avec les communautés chrétiennes a été lancée depuis janvier 2012 pour transformer localement un encens naturel et préserver les forêts d’arbres producteurs d’encens – le Boswellia – espèce endémique de la Corne de l’Afrique.
Durant plus de trois mois, les jeunes chercheurs français et éthiopiens composant l’équipe du projet Boswellia se sont rendus dans plusieurs villages pour y rencontrer les producteurs et sélectionner les sites forestiers.
Issu d’un partenariat économique et environnemental sans précédent, engagé aux côtés des familles rurales chrétiennes, le projet Boswellia offre aux Eglises du monde chrétien l’occasion unique de retrouver durablement la route d’un encens naturel et de redonner un sens solidaire concret à la liturgie.

Ethiopie - Projet Boswellia« Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres. » Ou bien c’est nous qui changeons ce monde, ou bien c’est personne. Georges BERNANOS.

Au village, les jours passent vite, ponctués par des rituels devenus rapidement naturels. Parmi eux, ce parfum frais d’encens qui nous accompagne dès le matin, sur le chemin des forêts d’arbres Boswellia, et culmine jusqu’au dîner, clôturé par la cérémonie du café.

La résine produite par le Boswellia est le composant biblique de tout encens consommé dans nos églises. Elle matérialise à merveille le fil tendu entre les églises en Europe et l’Éthiopie, gardienne du temple chrétien en Afrique. De plus, comme point nodal des problématiques mondiales actuelles (géopolitique, économie internationale, préservation de l’environnement, lutte contre la désertification et développement rural), on ne pourrait trouver mieux que l’itan (prononcer ittane), ces larmes de sève qui coulent le long des troncs.

Partis pour une étude de terrain afin d’analyser les chiffres de volume de production, les prix de vente, recueillir des échantillons et les contacts des personnes-clés, nous revenons du village de Jijike les poches vides mais le coeur plein. En effet, il y a peu d’encens disponible, les arbres ayant été mis au repos ces deux dernières années. Au Tigray, les prix bas ont engendré une surexploitation alarmante, appréhendée avec philosophie par les producteurs, lesquels resteront aux champs plutôt que dans les forêts éparses.

Dans cette région centre du Tigray, défilent au milieu du vert des forêts, le gris des caillasses de la route et le jaune orangé de la poussière. En chemin, il faut prendre des notes, mémoriser le vocabulaire en tigrinya, celui qui fera sourire dès les premiers mots prononcés. La force que dégage ce paysage est redoutable. Nous pouvons ressentir la gigantesque pression des plaques tectoniques qui, des millions d’années auparavant, a fait surgir des profondeurs ces pierres qui aujourd’hui carrèlent le village, façonnent les murs des maisons et envahissent les cultures.
Ce qui interpelle avant tout, c’est l’absence de pollution, surtout sonore. Quelques cinq cents habitants et seulement le bruit des sabots des mulets sur les pierres. Sans électricité, l’humain est resté le matériel. Un peu à l’écart du village se trouve l’église. Entourée d’une enceinte de pierres brunes, l’église est ronde et parée d’un toit conique aplati. Le blanc remarquable de son faîtage contraste autant avec le paysage vert et gris du Tigray que le voile en coton laiteux sur le visage fin des jeunes femmes.

NetsanetIl est cinq heures de l’après-midi et dans une heure il fera nuit. Dans les cours intérieures des maisons, les jerricanes remplis d’eau au matin, transportés par des colonnes de jeunes filles parfois plus légères que leur coquille de plastique jaune sur le dos, ne sont pas encore vides. Toilette, cuisine, vaisselle : l’optimisation est la règle du jeu.

Pour le dernier petit-déjeuner au village, ce sera pain, miel et thé. Nous sommes samedi et nombreux sont les habitants qui ont pris tôt le chemin pour rejoindre le marché le plus proche. D’autres arrivent d’encore plus loin pour rendre visite et resteront le dimanche pour prier. C’est au croisement de ces multiples échanges que nous quittons le village. Les enfants sont les premiers à courir pour nous devancer, s’arrêter et nous regarder marcher… La centaine de producteurs d’encens reprendra très bientôt non seulement la collecte, mais également, pour la première fois, la transformation de l’encens au sein du village. De quoi retendre fortement le fil entre nos églises et cette région de l’Éthiopie qui a vu naître le roi mage Balthazar…

Pour notre départ, aucun tapis rouge, mais une foule qui nous entoure, au sein de laquelle se détache Netsanet. Son enfant sur le dos, c’est Salomon. Elle a un sac d’herbe fraîche dans une main et dans l’autre un sachet plastique rempli de vêtements. Nous les déposerons au prochain village, à une quinzaine de kilomètres…
Puisse ce texte porter cette initiative inédite vers l’accomplissement d’un partenariat durable avec les familles chrétiennes du Tigray.

– Mekele, le 6 septembre 2012

 

Julien Charbonnier

 

Par Julien CHARBONNIER – Responsable du projet Boswellia en Éthiopie.

 

 

 

 

L’encens naturel issu du projet Boswellia – initiative inédite de production et de commerce solidaire au Tigray – sera disponible dans nos églises pour les fêtes de Noël 2012 et de l’Épiphanie 2013.
Pour en savoir plus et commander l’encens issu du projet Boswellia : www.projetboswellia.com

Articles liés

Ces articles peuvent t'intéresser.

Commentaires

A toi la parole.

  1. Bashung Romain says: septembre 18, 2012

    J’ai déjà voyagé il y a deux ans dans cette région, magnifique. Je vous soutiens, c’est une très bonne idée pour les fêtes de fin d’année. Romain.

  2. hesteau says: décembre 29, 2012

    je trouve ce projet formidable et plein de sens.
    Dans le cadre de l’aumônerie d’un collège de la mayenne, je vais parler aux jeunes de ce que vous faites, et suis en train de réfléchir à la mise en place d’une action solidaire qui sinspire de votre démarche et vienne la soutenir
    Merci et bravo.

  3. Naga says: décembre 8, 2015

    Merci de nous faire découvrir l’histoire de cet encens produit par le Boswellia. Une très belle initiative pour ce merveilleux pays.

Ajoute un commentaire à Bashung Romain

Prends la parole !