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Donner une « âme » à l’Europe

Publié par jeunescathos le 13 mai 2014 - A la Une, Elections, Société, Vie de l'Eglise

 « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». C’est par ces mots que le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, introduit la déclaration du 9 mai 1950 que l’on retient comme l’acte fondateur de la Communauté européenne. Quelle vision le Père de l’Europe avait-il de ce projet communautaire ?

FRANCE-EUROPE-CECA-SIGNATURE-SCHUMANHomme des frontières, Robert Schuman est profondément marqué par les conflits qui ont déchiré la France et l’Allemagne. L’édification européenne est donc d’abord une œuvre de réconciliation. « Nous tendons la main à nos ennemis d’hier non seulement pour pardonner mais pour construire ensemble l’Europe de demain[1] ». C’est pourquoi il propose de placer les productions française et allemande de charbon et d’acier – ces matériaux qui servaient à l’industrie d’armement – sous le contrôle de la Haute Autorité de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), créant ainsi les conditions préalables de « solidarité et de confiance progressive entre les États[2] ».

Conscient que l’Europe ne pourra pas s’appuyer sur la seule interdépendance économique, Robert Schuman insiste sur l’importance d’une intégration politique qui « évite les erreurs telles que la bureaucratie et la technocratie[3] ». A ce titre, il admet l’Europe fédérale comme une « formule juridique d’une pensée plus profonde et humaine, riche en perspectives nouvelles ». Cette construction politique ne doit ni entraver la souveraineté des États, ni exclure de « reconnaître un bien commun supérieur à l’intérêt national » comme « la solidarité pour la préservation de la paix et la sauvegarde de la dignité humaine[4] ».

On ne peut toutefois pas relire la vision schumanienne sans le regard de la foi profonde qui l’habitait. « On commettrait une erreur et on serait victime d’une illusion dangereuse si on croyait que pour faire l’Europe il suffirait de créer des institutions européennes. Ce serait un corps sans âme[5] ».

Ce même regard de foi nous permet de voir la bonté de Dieu qui, au lendemain de guerres fratricides, a suscité en Europe occidentale des hommes politiques chrétiens qui se sont engagés au service de la paix, parmi lesquels Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi : « Nous avons eu la même inspiration, l’inspiration chrétienne : nous avons eu confiance et cette persuasion nous l’avons, tous trois, puisée dans la Foi qui nous inspire, dans l’Espérance qui nous anime, dans la Charité qui nous unit[7] », et cela, aux côtés de Jean Monnet ou encore du belge Paul-Henri Spaak, pour ensemble construire le Bien commun, à travers un projet politique s’adressant à tous.

Donner une âme à l’Europe, c’était aussi la conviction de Jacques Delors. En 1992, alors qu’il était président de la Commission, il déclara : « Si, au cours des dix prochaines années, nous ne parvenons pas à donner une âme à l’Europe, à lui donner une spiritualité et un sens, c’en sera fait de l’unification européenne. » (Discours aux églises, Bruxelles, 14 avril 1992).

Sa volonté était  que l’Europe offre à ses citoyens un projet transcendant l’économie et les systèmes juridiques. C’est ainsi qu’«Une âme pour l’Europe» est née en 1994, dans l’intention d’instaurer un dialogue entre les communautés religieuses et les institutions européennes. Dans cette optique, la Commission a encouragé les communautés religieuses à présenter des projets (rencontres, séminaires, activités sociales, etc.) devant favoriser la reconnaissance et la compréhension de la dimension éthique et spirituelle de l’unification européenne et de ses politiques. Cette initiative « Une âme pour l’Europe » a aujourd’hui trouvé sa traduction institutionnelle dans l’article 17 du Traité sur le Fonctionnement de l’UE qui instaure « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Eglises ».

« Une âme pour l’Europe » c’est aussi tout ce qui se fait en collaboration avec les représentants des religions et des humanistes  présents à Bruxelles:  la commission des Conférences épiscopales de la Communauté européenne (Comece – Catholiques), la commission Église et société de la Conférence des églises européennes (Protestants), le Bureau de l’église orthodoxe, la Conférence des rabbins européens, la Fédération humaniste européenne, le Conseil musulman de coopération en Europe .

Ghislain KnepperGhislain Knepper, a travaillé au musée de la Maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles.
Avec la participation de Marie-Laure Denès, soeur dominicaine et chargée de mission au Service national Famille et Société de la Conférence des évêques de France

 

 

 

Pour plus d’informations sur Robert Schuman et sa Cause de béatification : http://www.robert-schuman.com/

Bibliographie :
R. Schuman, Pour l’Europe, Nagel, 1963
P.-D. Masiclat, Prier 15 jours avec Robert Schuman, Nouvelle Cité, 2010
R. Lejeune, Robert Schuman – un Père pour l’Europe, Editions de l’Emmanuel, 2013


[1]    Robert Schuman, Pour l’Europe, Nagel, 1963
[2]    Ibid
[3]    Ibid
[4]    Ibid
[5]    Robert Schuman, « L’Europe doit se trouver une âme » in Pax Romana, 1953
[6]    Ibid
[7]    Ibid

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Commentaires

A toi la parole.

  1. FOYER DE CHARITE BAYE 51 says: mai 14, 2014

    48h chrono pour construire l’Europe avec Robert Schuman et ste Hildegarde de Bingen, les 16-17 septembre 2014.
    Un pèlerinage France et Allemagne organisé par le Foyer de Charité de Baye en Champagne, près d’Epernay (120 km de Paris Bercy). Une formule « émulation » plutôt que confort (hébergement collectif). Prix estimé : 160 euros/personne. Renseignements et inscriptions auprès du père François-Jérôme Leroy ou Elisabeth au 03 26 52 80 80 ; cf le site du Foyer http://baye.foyer.fr (sous menu programme des retraites spi)

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