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Accompagner des personnes en fin de vie

Publié par jeunescathos le 24 octobre 2014 - A la Une, Fin de vie, Société, Vie de l'Eglise

Alors que les évêques ont lancé hier un blog sur la fin de vie et que le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vient de publier un rapport sur le débat public concernant la fin de vie, voici le témoignage de François, 29 ans, jeune médecin en soins palliatifs et Aymeric, 27 ans, directeur d’un EHPAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

« Fasciné par la richesse humaine en soins palliatifs »

 Crédits : P.RAZZO/CIRIC


Crédits : P.RAZZO/CIRIC

Je suis un jeune médecin de soins palliatifs de 29 ans. Je travaille dans un établissement qui accueille des patients au stade avancé de leur maladie dont la situation nécessite une attention étroite par la complexité des symptômes physiques (douleur) ou psychologiques (angoisse), du contexte socio-familial ou encore d’une problématique éthique. Mon parcours a radicalement changé lors de mon passage à la fin de mon internat dans une unité de soins palliatifs. En effet alors que je me destinais à une carrière de médecin généraliste, j’ai été fasciné par la richesse humaine que j’y côtoyais.

 

Ecouter, accompagner, me taire, blaguer…

Cette richesse que je ressens provient d’une grande authenticité dans les relations humaines à la fois avec les patients, leur famille mais aussi avec mes collègues. Elle émane aussi de la sagesse profonde que je reconnais à mes pairs et maîtres, qui m’ont appris depuis trois ans à écouter, me taire, à sentir les inquiétudes, rassurer, annoncer des mauvaises nouvelles, poser mon regard sans l’imposer, à bousculer le cadre médical souvent très rigide, à me laisser bousculer aussi dans mes certitudes et mes habitudes mais aussi à blaguer. L’humour est un excellent lubrifiant relationnel et un test clinique remarquable ! C’est l’avantage de s’appeler Dr Croixmarie dans une unité de soins palliatifs catholique !

Les familles me font souvent une réflexion sur mon âge, sous-entendu ils me plaignent de vivre des situations à cet âge ! Je ne pense pas qu’il faille me plaindre. J’ai beaucoup mûri et c’est une chance. Grâce à eux. Ceux qui m’ont apporté de grandes gratifications, mais aussi ceux qui étaient en révolte, en colère, défiants, car ils m’ont assoupli et ont aiguisé mon sens relationnel.

La dignité inaliénable de chaque personne humaine

Ma foi bien fragile me permet d’être solide face à l’onéreuse option de la dignité inaliénable de chaque personne humaine. Elle m’aide dans le difficile accueil de l’autre, jour après jour, la même patience, la même attention.

François

 

 

Aymeric, 27 ans, est directeur adjoint d’un EHPAD. Il nous raconte le désarroi qu’il éprouve face aux situations difficiles rencontrées dans le quotidien, mais aussi l’espérance qui en émane.

L’impuissance devant la souffrance

Crédits : P.RAZZO/CIRIC

Crédits : P.RAZZO/CIRIC

Que dire à la doyenne des résidents de la maison de retraite lorsque celle-ci vous confie ces mots : « J’aimerais que cette journée soit ma dernière. » ? En tant que directeur, les actions quotidiennes que vous mettez en œuvre poursuivent l’unique but d’améliorer les conditions de fin de vie des personnes âgées. Telle est d’ailleurs la raison pour laquelle vous avez choisi ce métier. Soudain, cette parole remet en question vos objectifs initiaux. Cette femme est la plus rayonnante de toutes nos résidentes. Son sourire et ses paroles sont une vraie source d’harmonie et de paix pour toutes les personnes qui la côtoient. Et pourtant, elle veut consciemment mourir…

Que faire quand une autre personne âgée, que vous aimez tant, ne veut plus s’alimenter et va jusqu’à débrancher ses sondes pour quitter cette vie de souffrances ? Vous devinez par son regard qu’elle souhaite que cela se termine : mon Dieu, dois-je continuer à alerter les infirmières afin qu’elles vérifient à chaque heure que la sonde est bien positionnée ?

Que penser de la situation de cette dame tétraplégique, qui n’a que ses gémissements comme possibilités d’expression. Par miracle, sa fille vient quatre heures par jour pour la consoler, lui parler et lui donner sa présence quand les mots lui manquent. La vie ne permet plus à cette femme de sourire. Un seul sentiment transparait dans son regard : l’impuissance d’une mort prochaine.

Comment apprendre à regarder une personne dans sa pleine dignité ?

Crédits : P.RAZZO/CIRIC

Crédits : P.RAZZO/CIRIC

Que croire, qui croire face à des situations de mort prochaine ? Les mots purgatoire, paradis ou enfer ne font plus sens ni à ma raison, ni à mon cœur. Le dépouillement humain est total, sans limite. Je me retrouve comme orphelin, seul face à moi-même. Au-delà de la souffrance, de l’amertume et du sentiment d’injustice que provoque une personne en fin de vie, je sens qu’un seul mot peut encore être présent : l’Amour. Mais quel amour peut transparaitre de cette dame qui part vers le Seigneur ? Brusquement, j’ai l’impression qu’un choix qui dépasse de loin mes fonctions s’impose à moi: accepter la mort en espérance ou s’y soumettre avec fatalité. En réalité, ces interrogations me poussent à expérimenter un Amour qui n’émane pas de la personne humaine, qu’elle soit vivante ou décédée, en fin de vie ou pas, mais de la relation que je tisse avec elle : comment je regarde la personne humaine au-delà de ses actes, qualités, défauts et de toute son histoire ? Comment apprendre à regarder une personne dans sa pleine dignité ?

La prière pour dépasser les situations

Une phrase me vient à l’esprit : « j’aime cette personne parce que Jésus l’aime et qu’il l’a créée, pas parce que Jésus est en elle ». Tirée d’un prêche lors d’une retraite, cette phrase me donne de la force pour dépasser le désespoir qui m’emporte dans certaines situations. Face aux critiques incessantes des personnes âgées sur la qualité des mets, les pertes de vêtements ou même l’amabilité du personnel soignant, j’essaie d’apporter toute mon énergie et ma créativité pour trouver des solutions adaptées. Et lorsque la lassitude ou les nerfs commencent à lâcher, un seul moyen me sauve : la prière. D’ailleurs, grâce à mon oraison quotidienne dans le métro mes journées sont plus efficaces et j’arrive mieux à tempérer les situations critiques où l’émotionnel prend le dessus. Et vous, à quelle place laissez-vous la prière entrer dans votre vie professionnelle ?

Aymeric

Voir aussi :
Blog sur la fin de vie
Mgr d’Ornellas : « Promouvoir une culture palliative »
Hippocrate dans les coulisses de l’hôpital, critique de film

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Commentaires

A toi la parole.

  1. Lyana says: novembre 1, 2014

    Ton témoignage m’a beaucoup touchée car je travaille egalement dans un ehpad et nous cotoyons les mêmes cas de figures…
    Nous evoluons dans un monde qui est rythmé par un programme quotidien bien prédéfini…
    Le lever, le dejeuner, la toilette, le repas de midi, la sieste etc…
    Où il n’y a pas de place pour l’imprévu…
    Cela m’attriste beaucoup, car parfois j’ai l’impression que plusieurs choses m’echappent…
    Le temps me manque, mais pas la volonté de bien faire.
    Alors j’essaie d’apporter de l’Amour dès que je peux, derrière une porte, quand je me retrouve seule avec cette personne qui désire s’en aller, qui me verbalise encore et encore son envie de « partir »…
    Alors, je prie le Seigneur de me donner la force et me donner les mots justes et quand ils ne viennent pas, je m’abstiens de parler, mais je continue à communiquer, en silence, par un geste d’affection, par un regard complice, par une attention, voilà comment j’evolue dans ce monde…

  2. carnot says: novembre 14, 2014

    Très beaux témoignages qui nous mettent avant tout face à la vulnérabilité et la fragilité, deux réalités tellement cachées dans le monde d’aujourd’hui.
    Un autre regard.. celui du bénévole d’accompagnement:
    http://www.vivantsensemble.com

  3. Avis de décès says: novembre 14, 2014

    C’est un très beau témoignage, merci à vous pour cet article.

  4. Arnault says: décembre 10, 2014

    Merci pour ce très bon billet. C’est un sujet qui nous tient particulièrement à cœur et nous avons aussi tenté d’apporter un éclairage de néophyte sur la fin de vie, vous pouvez le lire ici: https://www.e-ternity.com/blog/n/la-fin-de-vie/

  5. carnot says: avril 7, 2015

    Bonjour, je suis bénévole d’accompagnement en soins palliatifs et dans ce blog je raconte des rencontres vécues au fil des semaines. Près de la mort.. mais tellement dans la vie.
    n’hésitez pas à vous abonner et à diffuser si vous pensez que sa lecture peut être aidante.
    http://www.vivantsensemble.com

  6. Adecco Medical says: mai 11, 2016

    Bonjour, accompagner des personnes en fin de vie n’est pas un acte facile. Vous partagez les derniers instants de la vie d’une personne. Cela crée des liens et change une vie. Nous vous souhaitons longues vies dans vos carrières respectives riches en humanisme.

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