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Migrants : l’Eglise est-elle « utopiste » ?

Publié par jeunescathos le 24 avril 2015 - A la Une, Non classé, Société, Vie de l'Eglise

Le nombre de réfugiés et de migrants a explosé au XXIème siècle. La multiplication des conflits, les dérèglements climatiques ont jeté sur les routes des populations entières. L’année 2015 en a vu des milliers mourir, la plupart aux portes de notre continent. Tandis que ceux qui franchissent les frontières de l’Europe, si peu au vu des 53 millions de réfugiés dans le monde, s’installent dans une misère inhumaine.

Mais que dit l’Eglise exactement sur les questions de migration ? La vision de l’Eglise peut-elle être qualifiée d’ « utopie », par rapport aux réalités économiques ? En quoi cela me concerne, moi, que puis-je faire ? 

Des questions importantes, surtout que le pape nous prévient : « Les migrations constitueront un élément fondamental de l’avenir du monde plus qu’elles ne l’ont fait jusqu’a présent. »

Billet par Martin de Lalaubie

migrants« J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35), peut-on entendre de la bouche de Jésus dans l’évangile de Saint Matthieu. Cette phrase marque l’Eglise, depuis 2000 ans jusqu’à aujourd’hui, et affirme sa position sur les questions migratoires : tout étranger doit être accueilli. Même si les contextes mondiaux ont évolué depuis les prédications de Jésus, l’Eglise reste fidèle au message du Christ et prône la libre circulation des individus. « C’est un droit inhérent à la personne humaine que la faculté de se rendre en tel pays où on espère trouver des conditions de vie plus convenables pour soi et sa famille. », écrit Jean XXIII en 1963 dans Pacem in terris (§106).

L’Eglise sur les questions de migration

Devons-nous faire fi des réalités sociales, politiques, économiques du pays d’accueil ? Non, nous répond le catéchisme de l’Eglise catholique en écho à sa doctrine sociale : « Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine » (article 2241). Tout se joue dans ce « autant que faire se peut » ce rappel du principe de réalité est parfois utilisé pour prétendre hypocritement que l’on a déjà fait tout ce que l’on peut pour l’accueil (sans parler du manque d’action pour contrer les causes qui poussent les migrants à fuir leurs pays d’origine). (Lire le témoignage d’un migrant)

L’Eglise s’étonne que la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ne dise rien du droit d’être accueilli dans un autre pays, alors que celle-ci affirme que le droit de quitter son pays est un « droit de l’homme » (article 13 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948).

Que faire ? « Accueillir toute la misère du monde » ?

© HO - MARINA MILITARE ITALIANA - AFP

© HO – MARINA MILITARE ITALIANA – AFP

La considération aujourd’hui par l’Union Européenne de cette question laisse au mieux perplexe, mais souvent révolte. D’après l’Organisation internationale des migrations (OIM), près de 3800 personnes ont trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée en 2015. Soit l’année la plus meurtrière pour la zone depuis que l’organisme tient ces comptes macabre. Nos dirigeants ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une politique commune d’accueil et nous assistons à la fragilisation de l’accord de Schengen par le rétablissement des contrôles à l’intérieur même de l’espace.

Que faire ? D’abord cesser de répéter que nous ne pouvons pas « accueillir toute la misère du monde » : ce ne sont pas des personnes misérables qui se lancent dans l’aventure migratoire et dont beaucoup périssent en mer ou arrivent sur nos plages. Les très pauvres n’ont pas les moyens de bouger ; ce sont ceux qui ont les ressources nécessaires qui tentent leur chance vers l’Europe. Ainsi, selon l’OCDE, le niveau moyen de qualification des migrants arrivant dans nos pays est au moins égal au niveau de qualification des habitants. Ce qui crée la misère, ce sont les conditions dans lesquelles sont entrepris ces périples rendus illégaux par nos réticences à accorder des visas.

 La libre circulation des personnes ?

© AFP

© AFP

Les événements de ces derniers jours ont permis à plusieurs chercheurs de prendre la parole dans de grands médias nationaux. Certains rappellent que « Une frontière fermée n’arrête pas un migrant qui a payé 5000 dollars et est prêt à risquer sa vie. » (François Gémenne, politologue au Centre d’études et de recherches internationales dans Le Monde, mardi 21 avril 2015)Quand d’autres proposent des pistes concrètes et viables pour légaliser l’immigration économique et contrer le trafic des passeurs (Emmanuel Auriol, chercheure à l’Ecole d’économie de Toulouse dans Libération mercredi 22 avril 2015). L’enjeu n’est pas ici de chercher quelle piste est la meilleure, quelle solution est la bonne, mais de souligner que l’Eglise n’est pas une utopiste isolée. La libre circulation des personnes, respectant leur dignité, est possible et profitable à tous, y compris à nous, peuple vieillissant. La réponse est à portée de main, ou plutôt de volontés politiques.

 Oser rencontrer les migrants

Quant à chacun de nous, il est bon de faire résonner l’appel du pape François depuis l’île de Lampedusa : « Ayons le courage d’accueillir ceux qui cherchent un monde meilleur. » C’est en osant connaître les migrants, personnellement, qu’ensemble nous arriverons à désamorcer les peurs qui alimentent les politiques mortifères actuelles. En tant que chrétiens, ou tout simplement femmes et hommes de bonne volonté, partons à la rencontre du frère venu d’ailleurs*. (Lire le témoignage de Gaspard, qui a été à la rencontre de migrants)

martin

 

Martin de Lalaubie, réalisateur de Jeunes et engagés – Portraits d’une Église qui (se) bouge

 

* À la rencontre du frère venu d’ailleurs est le titre d’un fascicule édité par un collectif d’association sur les chrétiens engagés sur les questions migratoires.

Voir aussi :
102ème journée mondiale du migrant et du réfugié
14 jeunes de Tours à Lampedusa, une des portes de la Miséricorde pour le pape François
« Croire en l’avenir », parcours d’un jeune migrant en France
La rencontre de migrants a transformé Gaspard, 25 ans

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