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La famille vu d’Afrique : réinventer le sens de la fécondité

Publié par jeunescathos le 13 octobre 2015 - A la Une, Société, Synode sur la famille, Vie de l'Eglise

Le père Patrick Issomo Mama est lazariste camerounais et étudiant à Rome en 2ème cycle à la Grégorienne. Alors que le Synode pour la famille se déroule actuellement à Rome jusqu’au 25 octobre, il nous donne un aperçu des problématiques autour de la famille vue de l’Afrique.

Famille africaine Copyright : Nabil BOUTROS/CIRIC

Famille africaine
Copyright : Nabil BOUTROS/CIRIC

On ne saurait faire aujourd’hui une réflexion pertinente sur les réalités de la vie familiale et matrimoniale en Afrique, sans se référer à l’importante exhortation Apostolique post synodale Ecclesia in Africa qui, dans plusieurs de ses numéros évoque la vie de famille en Afrique de même aussi que Africae munus.

Dans cette partie du monde, la vie de famille reste solidement enracinée dans certaines valeurs humaines et chrétiennes, mais aussi elle est confrontée à certains défis et fait face à certaines crises qu’il convient de regarder avec objectivité dans la mouvance de la réflexion synodale en cours.

Nous pouvons commencer par dire quelque chose sur le sens de la famille et du mariage en Afrique en général, et aborder quelques éléments perçus comme crises ou questions fortes aujourd’hui. Mon enracinement culturel en tant qu’africain, camerounais plus précisément, doublé de ma petite expérience de curé de paroisse dans mon pays, me permettent de m’approprier cette affirmation forte et pertinente d’Ecclesia in Africa : « dans la culture et la tradition africaine, le rôle de la famille est universellement considéré comme fondamental. Ouvert à ce sens de la famille, de l’amour et du respect de la vie, l’Africain aime les enfants, qui sont accueillis joyeusement comme un don de Dieu » (n°43).

Les enfants en Afrique, signe de prospérité

Je me suis rendu compte que les communautés paroissiales sont en fait de véritable regroupement de famille, car le dimanche par exemple chez nous c’est en famille que les chrétiens se rendent à l’église. La famille est donc le « sanctuaire de la vie et une cellule vitale de la société et de l’Eglise » (Africae Munus, n°42). Les familles sont généralement nombreuses, dans ce sens qu’avoir plusieurs enfants est un signe de prospérité ; et par conséquent en avoir moins ou pas du tout est une situation mal vécue et considérée comme une malédiction. Aussi la question du sexe se pose dans la progéniture, car n’avoir que des filles n’est pas la même chose qu’avoir des garçons. L’enfant mâle a une certaine considération dans la famille. Ce qui entraine très souvent des crises graves au niveau du mariage.

Le mariage, une institution forte en Afrique

Disons que le mariage reste une institution forte culturellement d’abord et aussi sur le plan religieux en Afrique.

Traditionnellement le mariage est un acte d’union par lequel l’homme et la femme s’engage à fonder une famille, à avoir des enfants pour perpétuer la lignée. C’est aussi l’union de deux familles : celle de l’homme et celle de la femme.

La fécondité du mariage à réinventer

mariage afriqueCompte-tenu de l’importance accordée à la progéniture, surtout nombreuse, on note dans le mariage en Afrique une conception peut-être à revoir de la fécondité du mariage ou d’un couple.

Chez nous un couple fécond est celui qui donne naissance à de nombreux enfants, et parfois dans des délais précis. Conséquence : fécondité égale procréation. Sorte de réduction qui n’est pas sans risques quant à la stabilité du mariage.

Car effectivement, lorsqu’il n’y a pas d’enfants au bout d’un certain temps dans le mariage, survient toujours une crise qui déchire fortement et ébranle le couple.

Sans toutefois nier l’importance des enfants dans un couple, on ne saurait aussi limiter la fécondité du couple au seul niveau de la procréation ; car il y a d’autres formes tout aussi évangéliques de fécondité dans la perspective du mariage chrétien qui pourraient aider des couples faisant face à ce genre de situation.

Malheureusement, en proportion assez considérable, plusieurs mariages même chrétiens se brisent devant cette situation, car le poids de la culture pas encore suffisamment pénétrée par l’Evangile, limite le sens de la fécondité dans le mariage. Ainsi, une vie sans enfants, ou avec un ou deux enfants « seulement », comme c’est le cas en Europe par exemple, n’est pas très envisageable ni facilement acceptable. C’est vrai qu’aujourd’hui avec la conjoncture de plus en plus difficile, on n’en est plus trop à l’option famille nombreuse, même si avec humour on qualifie souvent chez nous ce genre de famille (à un ou deux enfants) de « famille européenne ». Une façon de signifier que ça ne rentre pas dans le cadre de la conception africaine de la famille et du mariage.

Il y a donc là un véritable champ d’évangélisation par rapport à la stabilité du mariage en lien avec la question de la procréation. Il serait intéressant, plutôt que de briser des unions consacrées par les liens du mariage à cause du manque d’enfants pour une raison ou une autre, d’éduquer à un enrichissement du concept de fécondité du couple, et ouvrir à la fécondité spirituelle qui n’est pas moins épanouissante ni honorable.

 

p. patrick issomo

 

 

 

Père Patrick IssomoMama

 

 

Voir aussi :
Le Synode pour la famille débute dans un climat serein
Dossier Synode pour la famille sur le site Eglise Catholique
Synode pour la famille, l’Eglise en dialogue : contexte et enjeux de cette 2ème assemblée synodale

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Commentaires

A toi la parole.

  1. Essele Kisito says: octobre 14, 2015

    Cette fécondité dont vous parlez est vécue par la société à travers l’élargissement de la famille nucléaire avec d’autres enfants issus de frèrres, soeurs, cousins, etc. Le proverbe beti est clair: mwan asikig mbye, mwan a ne he ntongo: » l’enfant n’est pas du géniteur mais de celui qui l’élève ». Il y a cette richesse culturelle à redécouvrir et à exploiter pour relever les défis que nous pose la modernité.

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