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Le pape, le vote et moi : sa grande gueule et mes petits bras #2

Publié par jeunescathos le 1 décembre 2015 - A la Une, Société

visuel rubrique societeTous les mois, retrouvez un sujet de société ou d’actualité, traité sous l’angle de la Doctrine sociale de l’Eglise, sous l’oeil bienveillant et plein de finesse de Martin de Lalaubie, journaliste au Ceras et réalisateur deJeunes et engagés.

 

« On peut devenir saint en faisant de la politique. » Personne n’échappe aux paroles chocs du pape François. Je les adore ! Mais comment les traduire en actes ? S’il le dit, c’est que c’est possible. On réfléchit puis on retrousse nos manches !

« On peut devenir saint en faisant de la politique. » François, Mai 2015

En voilà une belle idée ! Moi dont la préoccupation numéro un est justement de devenir saint. Si j’avais su qu’il suffisait de prendre sa carte dans un parti, je l’aurais fait plus tôt. Mais quel parti choisir ? Y a-t-il un parti qui fasse de la politique chrétienne ? Là, le p. Christian Mellon m’arrête tout de suite. Jésuite, cofondateur de l’association La Politique une bonne nouvelle, il cite avant que je ne m’égare un texte écrit par les évêques français en 1972 : « Il n’y a pas de politique chrétienne mais une pratique chrétienne de la politique. » Et le pape François ne dit rien de plus quand il explique que « fonder un parti catholique n’est pas la voie. » (voir ici) Mais que ce soit pour s’encarter ou voter, il faut choisir !

Bien commun, vous avez dit ?

Crédits :  Corinne SIMON/CIRIC

Crédits : Corinne SIMON/CIRIC

Et l’heure du choix approche puisque nous sommes appelés aux urnes les 6 et 13 décembre pour élire nos conseillers régionaux. Mais c’est quoi au juste voter ? On vote souvent dans notre société, à chaque échelon, c’est un principe de base de la démocratie. Mais on vote aussi dans plein d’autres situations, dès qu’il faut choisir un bar ou un film, c’est la majorité qui mène la danse. Finalement, ce serait plus l’acte que le résultat qui compte, puisqu’en votant, j’accepte de fait et par avance, la légitimité du gagnant. « Le moment constitutif du vote est lorsque je lâche mon bulletin dans l’urne, analyse le philosophe Alain Cugno, […] Le vote est une déclaration publique d’amitié politique, de philia, dirait Aristote. » (voir ici)

Aller au bureau de vote serait donc une déclaration d’amitié. Mais souvent, le dimanche, j’ai mieux à faire, surtout en décembre où j’ai plein de cadeaux à acheter ! Et puis, en voyant nos politiques, je me demande souvent pourquoi on vote encore… Le vote n’est qu’un droit après tout, et je reste libre de l’utiliser ou non… non ? « Que tous les citoyens se souviennent donc à la fois du droit et du devoir qu’ils ont d’user de leur libre suffrage en vue du bien commun. » nous disaient les évêques du Concile Vatican II en 1965 (voir ici). Ça a le mérite d’être clair ! Mais le choix, lui, ne l’est toujours pas… Comment utiliser mon vote en vue du bien commun ? « Ce bien lié à la vie en société », selon Benoît XVI, qui aimait rappeler que le bien commun « c’est le bien du “nous-tous”, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. »

Qui nous fera voir le bonheur ?

Crédits : P.RAZZO/CIRIC

Crédits : P.RAZZO/CIRIC

A ce moment là, on se sent bien seul dans l’isoloir. Et s’il suffisait que chacun vote pour son bien individuel, et on additionne le tout ? On devrait atteindre le bien commun… « Le bien commun de tous risque d’être confondu avec la somme des avantages particuliers », nous avertissaient les évêques quelques mois avant les dernières élections présidentielles. Fausse route donc ! S’il ne s’agit pas de voter pour mon bien propre, s’agirait-il de voter pour celui de mon prochain, mon frère ? Complètement perdu au moment fatidique du choix, j’ai envie de chanter le psaume quatre pour me rassurer : « Qui nous fera voir le bonheur ? ».

Je ne sais pas si Monseigneur Pontier, le président de la Conférence des évêques de France, m’a entendu, mais il a répondu à mon chant devant tous les évêques français rassemblés en Assemblée plénière en novembre dernier à Lourdes : « Sûrement pas les peurs, les rejets, les murs dressés, les replis sur soi. ». Ses mots font doucement écho pour moi à la parole nationale que la Jeunesse ouvrière chrétienne vient de publier : « Le contexte de précarité grandissante, d’insécurité sociale (notamment chez les jeunes), l’exploitation de la force de millions de travailleurs en France et dans le monde dans des conditions de rémunération et de vie inacceptables ne doit pas mener à la réponse de l’extrême droite : la haine de l’autre pour se protéger soi. » Je ne sais toujours pas pour qui voter, mais je sais pour qui ne pas voter… On s’approche progressivement du bien commun ! Même si malheureusement le Front national n’est pas le seul, ces temps-ci, à utiliser un discours de rejet de l’autre…

Vive le conflit !

Imaginons, qu’après m’être bien renseigné sur les programmes, j’ai trouvé pour qui voter, mais qu’un(e) autre soit élu(e) ? Alain Cugno poursuit son analyse : « [En devenant] un opposant […], je n’affaiblis pas la communauté politique, mais lui donne sa véritable dimension, dont l’un des traits fondamentaux est de récupérer comme motif de vivre ensemble autant les conflits que les accords. » Susciter le conflit pour renforcer la communauté politique ? En y réfléchissant, c’est vrai que Jésus a créé beaucoup de conflits dans sa vie. Avec les marchands du temple, les scribes, les pharisiens… Il s’est confronté à des réactions hostiles, au point d’en mourir.

Alors, sans aller jusqu’à la croix, peut-être que c’est mon rôle de citoyen, amoureux de la démocratie, d’affronter le conflit ? Ainsi je ne détruirai pas la démocratie, mais au contraire la renforcerai. A l’unique condition que j’assume ce désaccord sans violence. C’est le propre de la démocratie, permettre le conflit en dépassant la violence. Et je ne vous apprendrai rien en écrivant que la non-violence est une valeur évangélique. Si nous voyons la violence comme ennemie de la démocratie, le pape François en dénonce deux de plus : « Ce sont les inégalités et la pauvreté qui mettent en danger la démocratie. » Violence, inégalités et pauvreté, mon vote pour les éradiquer ?

Martin de Lalaubie

 

 

Martin de Lalaubie
Journaliste au Ceras
Réalisateur de Jeunes et engagés

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Commentaires

A toi la parole.

  1. THADARTH says: décembre 1, 2015

    Bonjour monsieur de Labaubie
    Je vote Front national et pourtant je suis très impliqué
    dans une structure d’accueil de demandeurs d’asiles
    et de réfugiés politiques , y consacrant beaucoup de temps
    et participant en outre à titre personnel à domicile
    ( avec des amis qui également votent F N ) , autant que je le peux
    a l’accueil de certains qui sont hors droits.
    Vous me faites de la «  »peine » » , en généralisant comme vous le faites
    et ce n’est pas faire acte de vivre « ensemble »que de jeter l’opprobre
    sur des millions de personnes aussi dénués que ceux que nous accueillons
    permettez moi de vous dire
    PAX CRISTI

    • Martin de Lalaubie says: décembre 1, 2015

      Bonjour Thadarth,
      Je ne peux que vous féliciter pour votre engagement auprès des demandeurs d’asiles, des réfugiés politiques et de ceux qui n’ont pas encore obtenu ce statut. Oui c’est notre devoir de les accueillir, et non, je ne jette pas l’opprobre sur eux, bien au contraire. Mais je ne comprends absolument pas comment vous pouvez vivre en cohérence votre engagement et vos choix électoraux. Le Front national est surement le parti le moins accueillant envers les étrangers, voulant des frontières toujours plus fermées et amalgamant sans cesse accueil de l’étranger, délinquance et islamisme. Si vous fréquentez au quotidien des personnes réfugiées, vous devez bien savoir que l’immigration n’est nullement la source des maux de notre société.
      Fraternellement,
      Martin

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