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Transformée par sa mission auprès des migrants

Publié par jeunescathos le 15 janvier 2016 - A la Une, Société, Vie Consacrée, Vocations

Béatrice, religieuse, travaille dans un camp de réfugiés en Allemagne. Alors que la Journée mondiale de prière du migrant et du réfugié a lieu le 17 janvier, elle nous partage le sens de son engagement auprès des migrants.

beaMa présence en Allemagne s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle fondation de ma congrégation, issue d’un long processus de discernement. Nous n’étions pas encore présentes dans ce pays, et j’y ai été envoyée dans le petit groupe de trois, parties démarrer cette aventure en septembre 2012.

J’ai dirigé en France une entreprise d’insertion et je suis sensible aux exclus, en particulier les exclus du monde du travail, devenu si exigeant, si inaccessible pour certains. Mais les entreprises d’insertion n’existent pas en tant que telles dans le nord de l’Allemagne, et j’ai alors postulé dans toutes les institutions qui touchent de près ou de loin au monde de la rue, des S.D.F. L’employeur que j’ai trouvé intervient dans l’hébergement social et d’urgence, et à ce titre aussi auprès des réfugiés. Ce domaine-là étant l’année dernière déjà en pleine expansion, ils m’y ont affectée.

« Un vrai déplacement »

Je n’avais pas imaginé travailler spécifiquement avec les migrants. Ca a été pour moi un vrai déplacement, et beaucoup d’apprentissages.

Déjà, entre nous : nous sommes 1 300 salariés, tous secteurs confondus, nous venons de 40 pays et pouvons parler à nous tous 72 langues ! C’est de bon augure pour s’ouvrir à la diversité de ceux que nous accueillons. Un collègue a eu la bonne idée de nous commander des cartes du monde à accrocher au mur. Il se trouve que sur le modèle choisi, l’Europe n’est pas au centre, mais à gauche de la carte. Eh bien, cela change déjà bien des choses, change les perspectives, fait réaliser autrement les tailles respectives des différents pays. Et il est passionnant d’écouter les réfugiés nous montrer sur la carte par où ils sont passés, les caractéristiques, potentiels ou risques de tels et tels pays ou les routes, maritimes ou terrestres.

J’ai été souvent touchée de les voir s’appliquer avec autant de concentration pour noter ce qui ressort de nos échanges, effectués dans un anglais mal assuré, pour le retranscrire dans leur langue, passant pour certains de notes écrites de gauche à droite à une écriture de droite à gauche. Je vois défiler ainsi les alphabets : arabe, russe, grec, tigrinya… Le mien n’est donc pas le seul au monde !? Je le savais bien sûr, mais en fait je ne l’avais jamais réalisé. Quelle adaptation cela leur demande, au quotidien et en tout, pour faire le lien entre notre système de pensée, de réglementation, d’horaire, d’écriture et le leur.

« Cela me simplifie et m’humanise »

Cela oblige à une qualité de communication non verbale exceptionnelle, pour pouvoir par une mimique, un geste, un sourire, confirmer, encourager, nuancer là où les mots manquent. Cela demande de déployer patience et volonté de communiquer, sans plus s’attacher aux détails de forme ou de convention, et surtout beaucoup d’humour. C’est probablement vrai pour tous, mais je vais parler pour moi : cela me simplifie, et m’humanise.

« Que faire de tant de gratitude exprimée ? »

Une volontaire aide les réfugiés à se localiser sur la carte de la ville. En Allemagne.               Crédits : Michael Bunel / CIRIC

Une volontaire aide les réfugiés à se localiser sur la carte de la ville. En Allemagne.
Crédits : Michael Bunel / CIRIC

Et puis que faire de tant de gratitude exprimée, souvent totalement disproportionnée avec le service rendu ? Pour une explication donnée suite à un courrier qu’un réfugié a reçu, ou pour avoir pris le temps de montrer où se trouve le bureau du médecin – avec attention et patience, c’est vrai, j’essaie de le vivre comme cela -, je reçois en retour tellement de signes de reconnaissance : salutations plus que chaleureuse les jours suivants, yaourts, bananes, poires, à ne plus savoir qu’en faire, apportés de la cantine, parfois petite boîte de chocolat achetée en ville. Le moindre geste d’humanité revêt une importance considérable, et cela dit bien combien cela a dû manquer au cours du chemin de l’exil.

Servir notre Dieu blessé

En servant l’Allemagne et sa politique très particulière d’ouverture, j’ai le sentiment de servir notre monde en souffrance, et par là notre Dieu, blessé de tout cela, en essayant de contribuer à un peu de solidarité et d’humanité.

C’est une expérience « dont on ne revient pas ». Je veux dire par là, qu’une fois le déplacement et l’ouverture intérieurs opérés, on ne peut plus voir, vivre ni être comme avant. Je me sens transformée par cette « mission aux périphéries », comme dirait le pape François, et c’est une expérience inattendue dont je suis heureuse.

Béatrice, religieuse dans le nord de l’Allemagne

Voir aussi :
Béatrice, religieuse, dans un camp de réfugiés en Allemagne
Reportage à Calais
Migrants à Calais : des visages pour dire la réalité
Migrants : l’Eglise est-elle utopiste ?

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