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Enseigner, toucher les cœurs…

Publié par jeunescathos le 15 octobre 2016 - Engagements, Vie Consacrée, Vocations

A la suite des deux précédents témoignages des Soeurs Oblates de Saint François de Sales, voici celui de Soeur Anne-Véronique, religieuse et enseignante à Paris : « Pour le dire un peu à la manière d’Obélix, je dirais que la foi, «j’y suis tombée dedans quand j’étais toute petite» ! »

sr anne-véronique

Soeur Anne-Véronique.

En effet, j’ai grandi dans une famille nombreuse où la foi en a constitué la colonne vertébrale. Mon père était agriculteur et c’est à une quarantaine de kilomètres de Lourdes que j’ai grandi, avec la chaîne des Pyrénées en toile de fond, au milieu des champs de maïs et des oies de gavage dont le sort cruel n’a étonnamment jamais indigné grand monde… Pourtant malgré un terreau spirituel porteur, j’ai répondu à l’appel de Dieu tardivement : à 31 ans.

Assez paradoxalement, j’ai attendu pour dire « Oui » à Dieu et pourtant je ne suis pas précisément une personne indécise. C’est même plutôt le contraire. Nous touchons là à un point décisif. Dieu appelle qui Il veut quand Il veut. Car c’est Lui qui a toujours l’initiative. Ce n’est pas nous qui L’avons choisi, c’est Lui qui nous a choisi (Jn 15,16). Il a appelé Abraham à tout quitter à un âge fort avancé. La bible précise qu’il avait 75 ans. A côté de lui, j’étais donc encore une « nourrissonne ». Dieu a eu son heure avec moi.

Se consacrer à Dieu ? Quelle idée !

En réalité, Dieu se manifeste toujours très délicatement dans nos vies. Cependant, je retiendrais quelques évènements décisifs qui m’ont marquée et m’ont aidée à murir ma réponse à l’appel du Seigneur, sans d’ailleurs que j’en ai toujours eu conscience sur le moment. C’est toujours de manière rétrospective que l’on peut indiquer les étapes décisives d’un cheminement personnel. D’abord à l’âge 12 ans, un de mes 5 frères a annoncé un beau matin à mes parents qu’il venait d’arrêter ses études de médecine (il était en 5ème année) pour se consacrer à Dieu. Evidemment personne ne s’est privé de faire son petit commentaire, le jugeant surement indispensable : « Pourquoi ne finit-il pas ses études ? » De fait, mes parents n’étaient pas opposés à la vocation de mon frère, mais ils auraient souhaités être consultés avant qu’il ne prenne sa décision.

Dans ma tête d’enfant j’analysais cette question sans communiquer à personne le fruit de mes cogitations. J’approuvais silencieusement l’impérieuse nécessité de répondre à l’Appel le plus haut. Ainsi, grâce au témoignage de mon frère se dessinait naturellement la possibilité d’une consécration à Dieu mais sans encore m’interroger quant à moi précisément sur cette éventualité. Je sentais seulement dans mon cœur d’enfant que la réponse à l’appel de Dieu devait être entière et sans retour possible.

« Les souffrances auraient pu m’éloigner de Dieu… »

SAV avec élèves

Soeur Anne-Véronique avec ses élèves.

Puis, lorsque j’eus 16 ans, après une longue maladie, mon père décéda. Parallèlement à cette épreuve, nous en traversions également d’autres. En effet, deux de mes sœurs étaient atteintes de schizophrénie. Et comme si cela ne suffisait à notre peine, des remarques souvent maladroites nous faisaient sentir que l’on suspectait le poids d’une lourde hérédité dans notre famille. Les souffrances auraient pu m’éloigner de Dieu à cet âge et me pousser à la révolte. Pour ma part, c’est pourtant précisément à ce moment-là que j’ai commencé à prier chaque jour en faisant ¼ d’heure d’oraison tous les soirs. C’était souvent assez laborieux et parfois je manquais au rendez-vous… Mais je sentais intérieurement que le Christ attendait que je pose ces actes de fidélité de prière personnelle. Aussi je m’y remettais toujours au bout d’un certain temps.

Après des études de Lettres à Toulouse et une expérience professionnelle pendant 5 ans dans un établissement scolaire à Lyon, j’ai répondu à l’appel de Dieu en entrant à Troyes au Noviciat de notre congrégation des Sœurs Oblates de saint François de Sales. Les choses se sont passées vite. En assistant au Jubilé de 50 ans de profession religieuse d’une de mes tantes, le Seigneur m’a fait un signe qui consista à déposer dans mon cœur un très fort attrait pour sa communauté dans laquelle j’entrais un an après. La fidélité de ma tante à sa vocation a suscité mystérieusement ma réponse à l’Appel de Dieu.

Enseigner pour toucher les cœurs, à la suite du Christ.

Mon expérience auprès des jeunes comme enseignante en Philosophie, et en français, mais, aussi et surtout, comme religieuse me fait souvent toucher du doigt ma pauvreté. J’ose croire évidemment en l’action de Dieu dans les âmes qui me sont confiées. Mais à la vérité je n’en vois pas souvent de fruit visible. Certes, les résultats du baccalauréat en Philo disent si un travail a été accompli pendant l’année. Enfin ils devraient normalement en donner un petit aperçu… Mais je ne sais jamais comment Dieu touche les cœurs. Je ne sais pas quelle parole aura éveillé en une âme une inquiétude, un frémissement spirituel… Quel est le geste qui aura redonné confiance ? … Beaucoup de choses essentielles au fond nous échappent. Et c’est très bien ainsi.

Sr Anne-V en classe

Soeur Anne-Véronique en classe.

C’est pourquoi notre spiritualité, dans l’esprit de saint François de Sales, nous invite à tout surnaturaliser. Nous prononçons intérieurement avant chaque action cette formule qui n’est au fond qu’un regard de l’âme jetée vers Dieu : « Mon Dieu, je te demande ta grâce et je t’offre ce cours que je vais donner, accorde moi d’accueillir tout ce qui s’y rencontrera avec paix et douceur comme provenant de ton amour paternel ». Avoir la foi, c’est donc croire que c’est Dieu qui agit au-delà de nos pauvretés et de nos dons. Avoir la foi, c’est agir en laissant un Autre agir à notre place. Il n’est pas nécessaire d’avoir une foi démesurée, (même pas plus grosse qu’un grain de moutarde !) puisque c’est bien un Autre qui agit réellement et efficacement. Mais le Seigneur sait bien que nous avons besoin de temps à autre de sentir que la mission n’est pas stérile.

Et c’est avec humour qu’Il nous fait alors parfois des clins d’œil. Comme cette élève qui s’était définie sérieusement en début d’année comme agnostique (histoire de se poser en face de sa prof de philo un peu atypique dans l’Académie de Paris !) et qui me rappela, presque offusquée, un matin où j’avais la tête à l’envers que nous avions oublié de faire la prière. Et en effet, c’était quand même un comble !

Sr Anne-Véronique

MPK

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Commentaires

A toi la parole.

  1. CHODATON Anselme says: octobre 18, 2016

    Heureux de vous lire Soeur Anne-Véronique pour le témoignage éloquent que vous nous laissez. Vous pourriez m’envoyer votre mail. Merci.

    • Soeur Anne-Véronique says: octobre 19, 2016

      erci Anselme pour votre réponse.
      Je ne souhaite pas communiquer directement mon adresse électronique qui apparaîtra en public sur ce site.
      Par contre, vous pouvez passer par le site de la congrégation. Le web master m’enverra votre message.
      Voici l’adresse électronique de la Congrégation:
      http://sosfs.com/
      Belle journée à vous et beau mois du Rosaire!
      Sr Anne-Véronique

  2. Jean-Luc Mulyanga says: octobre 21, 2016

    Merci à vous Soeur Anne. Que Dieu scrute encore en vous plusieurs idées conctructives afin d’aider les pauvres de coeur

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