Journal d’une jeune religieuse
Claire, 32 ans, est religieuse Xavière depuis 5 ans, et vit en communauté à Montréal. Pour Jeunes Cathos Blog, elle écrit le « Journal d’une jeune religieuse ».
Après deux ans de vie apostolique en entreprise à Paris, la mission qui m’est confiée cette année est de chercher du travail, à Montréal. Chercher du travail, ça peut donc être missionnaire ?
Retournons d’abord un peu en arrière…
Être missionnaire, d’où venait ce désir ?En rentrant d’Inde, où j’avais passé 3 mois pendant mes études, je me suis sentie appelée à ne pas garder pour moi la joie de nous savoir tellement aimés de Dieu, et à partager cela dans l’ordinaire : « missionnaire sans bateau », disait Madeleine Delbrêl, auprès des personnes « ordinaires ». Peu après, j’ai commencé à travailler en entreprise, dans l’idée de partager la condition d’une grande partie de nos contemporains, et d’utiliser les compétences développées au cours d’études où le Seigneur avait été si présent. Au travail, j’ai côtoyé de nombreuses personnes qui vivaient leur vie sans Dieu, et j’ai aimé travailler avec elles, chercher le sens de notre travail avec elles, me laisser révéler un visage de Dieu que je ne connaissais pas encore à travers elles… La mission, c’était alors cheminer avec les autres.
La mission comme religieuse en entreprise ? Pour quoi faire ?Lors de mes premiers vœux, en août 2009, ma supérieure générale m’a envoyée en mission. Cette mission principale, nous l’avions discernée ensemble auparavant, dans le dialogue. C’était de retourner travailler en entreprise, là où je travaillais avant. A nouveau, j’ai expérimenté combien la rencontre de l’autre par le travail – qu’il soit chrétien engagé ou éloigné de l’Église, musulman, sans aucun intérêt apparent pour les affaires spirituelles – me révélait comment Dieu espère chacun, comment il agit avec chacun : contemplation, émerveillement. Mais je me rendais compte que j’étais invitée davantage au silence : paradoxal quand on pense à la mission, n’est-ce pas ?!
En effet, être religieuse m’identifie plus rapidement à l’Église Institution, et cela déclenche chez certains des réactions épidermiques qui empêchent d’aller plus loin. Ils croient déjà savoir qui je suis. Et même, cela nous empêche de travailler ensemble, car ma parole n’est pas accueillie comme celle d’une professionnelle. Or si je suis là, c’est bien pour qu’on travaille ensemble ! Et dans ce compagnonnage du travail quotidien, des projets, des cafés aussi, une relation d’humain à humain se tisse. Et j’ai pu écouter. Tellement de gens en avaient besoin. La mission comme écoute véritable de l’autre, voilà ce que j’ai découvert pendant ces deux dernières années…
« Tu cherches du travail ? Mais alors, tu n’es pas missionnaire?! »Mais voilà maintenant 6 mois que je ne côtoie plus de collègues au quotidien, et que je n’ai eu en moyenne qu’une rencontre par semaine de quelqu’un d’extérieur à la communauté et aux lieux d’Église fréquentés. Autant dire que cela m’a bien questionnée ! Car la mission était pour moi rencontre et relation, même si elle n’était pas nécessairement annonce explicite du Christ. Je n’avais pas rêvé : ma supérieure m’avait bien donné mission de chercher du travail… Comment vivre cette recherche donc comme une mission ?
D’abord, en reconnaissant combien cela me met en communion avec ceux et celles qui cherchent du travail, en expérimentant la vulnérabilité, les hauts et les bas dans la confiance, parfois aussi un sentiment de culpabilité quand on n’arrive pas à faire ce qu’il faudrait faire parce qu’on est bloqué intérieurement : je le savais en ayant un peu accompagné des personnes en recherche d’emploi, c’est autre chose d’en faire soi-même l’expérience (en petit, car je ne vis pas d’insécurité financière grâce à notre mise en commun). Je vis cette communion tout spécialement dans la prière d’intercession lors des offices en communauté.
Mais aussi en reconnaissant ma dépendance. Chemin d’humilité, alors que notre monde valorise tant l’autonomie ! Mais ici particulièrement, chercher du travail passe par le réseau : un ami vous recommande à une personne qu’il connaît, qui vous fait rencontrer une autre personne, etc. Il faut donc oser solliciter les connaissances, relancer, redemander de l’aide… Dans cette attitude, et à travers ces rencontres, j’apprends petit à petit à y reconnaître la mission au nom du Christ, et cette très belle phrase de Christian de Chergé, moine cistercien à Tibbirhine, m’accompagne :
Et vous ? Quelles sont vos expériences étonnantes de la mission comme baptisés, quel que soit votre état de vie ?
Claire, 32 ans, religieuse xavière
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Le journal d’une jeune religieuse
Claire, 32 ans, est religieuse Xavière depuis 5 ans, et vit en communauté à Montréal. Pour Jeunes Cathos Blog, elle écrit le « Journal d’une jeune religieuse ». Aujourd’hui, Claire nous parle de sa vocation et de son parcours.
Comment as-tu pensé à la vie religieuse ?
En dernière année d’école de commerce, en 2003, alors que s’ouvrait la perspective de la vie adulte avec l’entrée dans le monde du travail, j’ai fait un bilan intérieur de ces années d’études si riches et passionnantes que je venais de vivre. Je me suis demandé à quel moment j’avais vraiment senti de la joie, une joie profonde. Je ne m’attendais pas à ce qui m’est venu spontanément. C’était un lieu : Kalighat, la maison des mourants des sœurs de Mère Térésa à Calcutta, où j’avais rendu service en 2000 pendant un mois. Expérience intense d’humanité et de relation au Christ. Mais alors, si c’était là que le Seigneur m’avait donné d’expérimenter ce goût si fort, qu’est-ce que cela signifiait ? Où voulait-Il me conduire, pour Sa joie et pour la mienne ? J’ai marché avec cette question. Vie religieuse ou mariage ? Les deux peuvent porter du fruit, l’une n’est pas au-dessus de l’autre en soi, j’en étais convaincue. Il a fallu trois années de discernement, à travers les événements, l’accompagnement, les rencontres, pour faire tomber mes peurs, démasquer mes mauvaises raisons, et répondre.
Comment as-tu choisi la congrégation où tu es entrée ?
Sans doute un peu comme d’autres ont choisi la personne qu’ils ont épousée ! Il y a une rencontre, des éléments objectifs et une part de mystère… J’ai rencontré des xavières par deux lieux où j’étais investie après mes études : un groupe de réflexion sur l’économie au service de l’homme, et un bénévolat en soins palliatifs. Tout de suite, il y a eu quelque chose qui m’a attirée, alors même que la plupart de mes « critères de recherche »n’étaient pas remplis ! Je suis revenue poser des questions sur la manière de vivre les vœux, la mission, la vie communautaire. Ça m’a aussitôt évoqué une amie du ciel, Madeleine Delbrêl (1904-1964). Cette femme a voulu vivre du Christ en milieu athée, se liant d’amitié et travaillant avec ceux qui ne le connaissaient pas. Je l’avais rencontrée à travers ses écrits sur la mission en plein monde, qui restaient d’une grande actualité depuis mon entrée dans la vie professionnelle et qui me faisaient vibrer. J’ai poursuivi la rencontre avec la Xavière, je me suis fiée à la boussole de la joie, et j’ai découvert plus encore que ce que je pouvais imaginer.
Quelles ont été les étapes depuis ton entrée à la Xavière ?
Le 3 décembre 2006, fête de St François-Xavier, je suis entrée au postulat à la Xavière. Je vivais en communauté à Paris et continuais à travailler en entreprise, manière d’expérimenter la vie Xavière : prière personnelle et communautaire, apostolat par le travail, vie fraternelle.
9 mois plus tard, j’ai quitté mon travail et suis entrée au noviciat avec trois autres femmes. Temps de retrait pour la rencontre du Seigneur, dans le quotidien et à travers la grande retraite de 30 jours de Saint Ignace de Loyola. Temps pour grandir en vérité et en liberté, grâce aux lectures spirituelles, au dialogue dans l’accompagnement et à la vie fraternelle. J’ai vécu ces deux ans comme une chance immense !
Le15 août 2009, je me suis engagée envers le Seigneur par les vœux de chasteté, pauvreté et obéissance à la Xavière, pour un an. Vœux que j’ai renouvelés pour deux ans en 2010. J’aime ce pas à pas qui me sort de la planification et du volontarisme pour accueillir l’aujourd’hui de Dieu dans ma vie.
J’ai été envoyée en mission par ma supérieure générale : pendant deux ans, j’ai vécu en communauté à Paris et je suis retournée travailler dans l’entreprise où je travaillais avant, à un poste en lien avec l’informatique. Puis j’ai été envoyée à Montréal…
Quelles seront les prochaines étapes ?
C’est amusant, ce n’est plus une question que je me pose maintenant ! Il s’agit de vivre pleinement l’étape où j’en suis, d’être à l’écoute de l’Esprit au jour le jour, et de mener un discernement en vérité au moment voulu. Dans cet esprit, la prochaine étape sera au printemps 2012, pour savoir si je demande à renouveler mes vœux pour deux ans, demande à laquelle la Xavière répondra après un discernement de la supérieure générale. Après ça… le temps des vœux temporaires dure à la Xavière entre cinq et neuf ans, puis on prononce des vœux définitifs après une année de relecture et d’approfondissement spirituel appelée « 3ème an » (sous-entendu : de noviciat). Mais ce n’est pas une route tout tracée, c’est un chemin de discernement et de liberté dans le Christ !
Claire, 32 ans, religieuse xavière
Pour aller plus loin :
Les différentes spiritualités, sur le site Église catholique
Quel cap pour ma vie ? A quoi suis-je appelé ? Quelle est ma place dans la société et dans l’Eglise ? Comment suivre le Christ ? Comment aimer et servir Dieu et les autres davantage ?
Vous avez des questions, vous vous interrogez sur votre avenir, votre orientation, vous cherchez votre chemin avec Dieu, vous aimeriez découvrir des témoins engagés, des chemins de foi…
Jeunes Cathos Blog vous propose de suivre, chaque mois, le parcours de Claire, jeune religieuse, et de François, jeune séminariste, qui ont accepté de tenir pour nous un journal de bord !
Mois après mois, ils reviendront sur leur vocation, leur mission, leur quotidien, dans le « Journal d’une jeune religieuse » et le « Journal d’un jeune séminariste ». A retrouver tous les mois dans Jeunes Cathos Blog !
Claire, 32 ans, religieuse Xavière François, 27 ans, séminariste – diacre pour le diocèse de Cambrai (59) Peux-tu te présenter rapidement ?
Je suis entrée à la Xavière il y a 5 ans après une école de commerce et 3 années de travail en entreprise comme cadre spécialisée en organisation, travail que j’ai poursuivi pendant mon postulat et repris après le noviciat. J’ai prononcé mes premiers vœux le 15 août 2009.
Aujourd’hui je suis en communauté à Montréal, Canada, et je partage mon temps entre la découverte de ce nouveau lieu de mission, la recherche d’un emploi en entreprise et des cours de Bible et de théologie. Et tout ceci constitue ma mission xavière.
Une parole qui te guide ?
Voici deux paroles qui m’entraînent toujours plus loin dans cette suite du Christ :« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jean 6,68)
Et le Bal de l’obéissance de Madeleine Delbrêl :
A nous de nous laisser inventer Pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.Faites-nous vivre notre vie, Non comme un jeu d’échecs où tout est calculé, Non comme un match où tout est difficile, Non comme un théorème qui nous casse la tête, Mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle, Comme un bal, Comme une danse, Entre les bras de votre grâce, Dans la musique universelle de l’amour.Seigneur, venez nous inviter.
Peux-tu te présenter rapidement ?
Je suis entré au séminaire il y a 6 ans après l’obtention d’un BTS en domotique, j’ai été ordonné diacre le 26 juin 2011. Aujourd’hui mon temps est partagé entre la suite des études au séminaire de Lille et le ministère en paroisse à Marly (près de Valenciennes).Mon ministère diaconal est composé de la vie de la paroisse mais aussi de l’accompagnement de l’aumônerie des étudiants de Valenciennes ainsi que de l’aumônerie des 6ème de Valenciennes. Pour découvrir ma vocation, je vous invite à lire le précédent billet que j’ai posté à l’occasion de mon ordination diaconale : Être jeune et devenir prêtre !
Une parole qui te guide ?
La citation d’Evangile qui me nourrit est « Je vous appelle mes amis » Jn15,15 Cette phrase du Christ éclaire mon attachement pour Lui. Retrouvez tous les mois Claire et François dans le…


