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Migrants : Lampedusa, une des portes de la Miséricorde

Publié par jeunescathos le 7 janvier 2016 - #Miséricorde, A la Une, Société

Le pape François a choisi de mettre la 102ème journée mondiale du migrant et du réfugié le 17 janvier sous le signe de la miséricorde. Comment le sort des migrants et des réfugiés nous interpellent ? 14 lycéens de l’établissement Notre-Dame de Riche à Tours sont revenus transformés de leur pèlerinage qui les a menés en octobre dernier sur les « traces du pape François » à Lampedusa, après Assise et Rome. Anne-Sophie, Baptiste et Gaël témoignent.  

lycéens tours lampedusaNous avons rencontré à Lampedusa différents acteurs de l’île qui agissent auprès des migrants, des membres d’ONG, des habitants, des élus. Nous nous attendions tous à atterrir sur une île où règne la misère, avec des migrants à chaque coin de rue… Ce n’est pas du tout le cas ! Lampedusa est une île magnifique, un petit coin de paradis au milieu de la Méditerranée. Courant octobre, il n’y avait plus de migrants sur l’île, ou très rarement, notamment à cause de l’opération Mare Nostrum, qui consiste à aller chercher les migrants dès leur arrivée dans les eaux internationales, et ne plus attendre qu’ils viennent s’échouer sur les côtes. Ils sont ensuite amenés dans des camps en Sicile ou en Italie, et ne viennent à Lampedusa que lorsqu’il n’y a plus de place dans ces endroits.

Lampedusa, l’île de l’accueil

lycéens lampedusa migrantsNous avons particulièrement été surpris du témoignage des habitants de Lampedusa, qui nous disaient que depuis la militarisation des arrivées ils n’avaient quasiment plus de contact avec les migrants, et que cela leur manquait. En effet, l’accueil fait partie de la tradition, et les habitants de cette île (qu’ils surnomment d’ailleurs « l’île de l’accueil ») ont toujours eu pour habitude d’accueillir tous les étrangers qui passaient par Lampedusa. Certains avaient l’habitude d’accueillir des migrants depuis leur enfance.

Ce dont ils souffraient le plus, c’est l’image que donnent les médias de Lampedusa : une île qui serait envahie par les migrants, où règnent le désordre et l’insalubrité… La réalité est complètement différente, les migrants sont très respectueux de l’île et de ses habitants. Comme le principal revenu de l’île est le tourisme, l’économie de l’île se trouve très affectée par cette mauvaise image. Les habitants de Lampedusa nous ont demandé d’inviter les gens à aller passer leurs vacances à Lampedusa !

"Lampedusa célèbre la Journée du réfugié 365 jours par an"

« Lampedusa célèbre la Journée du réfugié 365 jours par an »

Lampedusa est un exemple pour tous de l’accueil qu’il est tout à fait possible de faire aux migrants.

« Avant 2005, la cohabitation sur l’île entre habitants et migrants était une réalité quotidienne ; les habitants pouvaient se trouver directement sur les lieux d’accostage des embarcations, ils étaient en contact physique avec les arrivants. Entre 2005 et 2009, l’accueil avait pris une tournure fortement administrative qui avait coupé les Lampédusiens de cette relation. Mais devant l’afflux de plus en plus important d’arrivées, les habitants ont d’une certaine façon obligé les administratifs puis les militaires à les intégrer dans le processus d’accueil. Pour cela ils doivent monter des associations comme « Askavusa », s’inscrire comme bénévoles dans des ONG présentes, ou créer leur propre ONG comme « Amici dei bambini » ou « Méditerranean Hope ». Le reste des habitants n’est en contact direct qu’avec les migrants autorisés à sortir du camp des réfugiés qui peuvent se promener librement dans la ville. Dès que cela arrive – c’est fréquent –  ils sont toujours immédiatement abordés et sollicités, pour connaître leur parcours, prendre des nouvelles de leur santé, partager un moment convivial… les Lampédusiens sont incroyables !  »
Robin Durieux, adjoint en pastoral, à l’initiative du projet.

« Please, tell them the truth ! »

Dans le cimetière de bateaux

Dans le cimetière de bateaux

S’il y a une chose certaine, c’est que la plupart de ces personnes fuient leurs pays car elles sont menacées, que ce soit par des mafias ou tout simplement parce qu’il y a la guerre, des attentats quotidiens… Ce sont donc à l’origine des personnes comme nous, avec une bonne situation financière, et des bonnes conditions de vie, mais qui se sont soudain trouvées en danger, et ont dû partir pour se protéger. Cela pourrait donc nous arriver à nous aussi. Ils se trouvent que nous sommes nés en France, un pays où nous sommes relativement protégés, mais la situation aurait pu être l’inverse, et si ça avait été le cas, nous aurions été heureux de recevoir un bon accueil des pays étrangers.

Le fait d’accueillir des personnes modifiera peut-être notre quotidien, mais nous ne pouvons pas les laisser sans secours, c’est notre devoir d’être humain de les accueillir et de leur offrir un peu d’humanité au milieu de toute cette violence.

A Rome, nous avons rencontré Kevin, 35 ans, père de 3 enfants. Il nous a raconté son parcours depuis son pays, le Nigéria : la traversée du désert, les prisons lybiennes avec la violence et la torture, les 1200 € pour le passeur, la traversée en mer sur une barque de 15 places avec 45 personnes à bord, la peur, les noyades de ses amis pendant le trajet, son arrivée à Lampedusa, le transfert en Italie… Depuis six mois, il vit dans la rue à Rome en attendant le statut de réfugié. Il nous a suppliés qu’à notre retour nous puissions dire la vérité sur les parcours des migrants aux journalistes, aux politiques, aux citoyens : « O please tell them the truth, tell them the truth ! » Il s’est mis à genoux sur le trottoir de Rome, s’est mis à prier pour nous, pour tous ceux qui entendront notre témoignage, c’était bouleversant… Ceux qui étaient présents ont pleuré en priant avec lui et pour lui. Nous le l’oublierons jamais !

Il faut bien se rendre compte que la plupart de ces personnes fuient la guerre et la misère, et que même si nous ne pouvons pas leur rendre leur vie, nous pouvons tout de même leur offrir la possibilité de recommencer une vie en sécurité.

« Nayez pas peur ! »

La porte de l'Europe, la plus au sud de l'île

La porte de l’Europe, la plus au sud de l’île

Le traitement faussé des informations par les médias qui favorisent le sensationnel, le dramatique au détriment de toute autre approche, entretient la peur et le rejet des migrants. C’est scandaleux !

La peur engendre la tension, elle est mère de la violence. En faisant connaissance, en se racontant mutuellement notre histoire, en partageant sur notre humanité commune, nous n’avons plus peur. Quand la confiance s’installe, la paix se rapproche. Comme nous avons fait un long pèlerinage jusqu’à Lampedusa, ici en Touraine nous pouvons faire un petit pas vers l’autre ; pour ceux qui oseront ce petit pas, ils auront la surprise de fruits inattendus… c’est un grand déplacement intérieur qui s’opère. Pour ceux qui oseront la rencontre et le partage, ce sera alors comme un passage, un passage d’une porte de la Miséricorde ; et le pape François a décrété Lampedusa une des « portes de la miséricorde » !

Nous ne devons pas nous demander si nous devons accueillir les migrants : c’est une nécessité. Nous devons trouver en chaque personne que nous accueillons le Christ, et par ce biais nous ne pouvons que grandir dans la foi.

Sculpture à Lampedusa représentant la Sainte Famille rescapant un naufragé

Sculpture à Lampedusa représentant la Sainte Famille rescapant un naufragé

Ce voyage a été à la fois une expérience de foi et une expérience humaine. Cette expérience de foi a été de voir que le Seigneur est présent dans chaque personne, aussi petite soit-elle, aussi vulnérable soit-elle. La vulnérabilité des personnes que nous avons rencontrées là-bas est la preuve que Dieu est le maître de nos vies, et que lorsqu’on lui remet notre vie, il est là et guide nos pas. L’expérience humaine vécue a été de voir comment et à quel point, un homme, un seul, peut faire énormément de bien. Nous avons découvert que ce sont souvent les plus démunis qui ont le plus grand cœur et que même dans les difficultés de la vie quotidienne, un homme est toujours assez fort pour faire le bien autour de lui.

À ceux qui ont peur, on a envie de leur dire « N’ayez pas peur d’accueillir l’autre », cela ne peut être que source d’enrichissement et source de joie, quand nous savons que nous avons contribué à rendre la journée de quelqu’un un peu plus joyeuse qu’elle ne l’était. Il suffit parfois d’un rien : en allant leur parler, en leur proposant notre aide, en leur offrant un sourire…

Chaque personne que nous rencontrons a une histoire plus ou moins difficile, chacun mérite de recevoir l’attention des autres.

 

Anne-Sophie Durouchoux, 17 ans, en terminale S, Baptiste Van Ingen, 18 ans, terminale ES, Gaël Menuge, 15 ans, en seconde et Robin Durieux, adjoint en pastorale

 

Page Facebook : Objectif Lampedusa : calmer la tempête
Journée mondiale du migrant et du réfugié

Voir aussi :
Béatrice, religieuse, dans un camp de réfugiés en Allemagne
Reportage à Calais
Migrants à Calais : des visages pour dire la réalité
Migrants : l’Eglise est-elle utopiste ?

 

 

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Commentaires

A toi la parole.

  1. thadarth says: janvier 9, 2016

    Un beau compte rendu d’un voyage qui certes n’est pas touristique mais qui en émouvant ces jeunes leur fait oublier les réalités de la vie
    Accueillir ces migrants une nécessité certes mais dans la mesure où nous pouvons leur offrir du concret de façon continu et fiable et pas de l’hébergement d’urgence sans perspective et avenir
    Inutile d’aller plus loin
    Ce « reportage » rempli de générosité et de Foi me fait admirer ces jeunes et on peut bien augurer de leur engagement ultérieur à toutes les étapes de leur vie familiale sociale et professionnelle
    Qu’ils soient le plus nombreux possible et le monde ira mieux mais qu’ils tempèrent un peu fougue en informant (mieux que les médias ) mais sans trop de commentaires personnels
    Je ne veux pas entamer de polémique surtout dans ce blog mais il y aurait beaucoup à dire et surtout à rectifier dans ce bel et enthousiaste article
    On aimerait connaître l’avis de l’accompagnateurr pastoral

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