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La la Land : le choix et l’intériorité

Publié par jeunescathos le 30 janvier 2017 - A la Une, cinéma, Culture & Médias, Société

Le Père Marc Rastoin, jésuite, a vu pour vous La la Land, comédie musicale romantique truffée de références aux grands films du genre, sortie sur les écrans français le 25 janvier dernier. Réflexion sur ce qu’est l’amour véritable et ce qui le menace, sur ce que représente un choix intérieur personnel, La La Land aide à poser de bonnes questions et questionne l’imaginaire contemporain du couple.

Magnifique hommage à l’âge d’or des comédies musicales américaines, ce film est plein d’une grâce étonnante, même quand il s’alanguit un peu. Remarquablement interprété par un couple qui crève l’écran (Emma Stone tout particulièrement), ce film réussit l’exploit de ne pas être qu’un pur divertissement, aussi parfait soit-il. Il est aussi le portrait subtil d’un couple contemporain où le désir de poursuivre son rêve, sa carrière, peut amener à risquer une authentique relation, à ce je ne sais quoi qu’est l’amour. Mais qu’il est beau de voir comment la confiance aimante d’un autre peut nous aider à surmonter nos fêlures et nos angoisses et nous amener à donner le meilleur de nous-mêmes, à atteindre nos étoiles inaccessibles! Dieu n’est-il pas aussi celui qui croit en nous plus encore que nous-mêmes?

La La Land est une comédie musicale romantique truffée de références aux grands films du genre. Oui elle distrait et enchante. Mais sa fin, peu romantique et moins conventionnelle, attire l’attention sur un scénario moins lisse qu’il n’y paraît et humainement plus ambitieux. Plusieurs thèmes sont évoqués au fil du récit, et si ce n’est pas toujours cohérent, du moins est-ce fait avec finesse.

 

Attention ne lire ce qui suit que si vous avez vu le film !!!

 

Une question majeure est celle de l’identité : dans une chanson du début, Mia dit son désir de se ‘trouver’ elle-même. Qu’est-ce qui est le plus important : le regard des autres ou la conviction intérieure sur ce qui me meut intérieurement ?

Sebastian est animé par une passion pour le jazz et le succès au plan mondain est pour lui secondaire. Il n’acceptera de mettre entre parenthèses son projet que par amour pour Mia.

Mia, quant à elle, redécouvre grâce à lui son ancien désir d’écriture dont nous ne pouvons douter lorsque nous découvrons sa chambre d’adolescente. Mais le regard des autres, celui qui est attiré par les paillettes du métier d’actrices représente une tentation qu’elle ne saura pas repousser. Lorsque nous la voyons entrer dans le café où elle travaillait au début et imiter en tout l’actrice célèbre qu’elle avait alors croisée, nous réalisons avec un pincement au cœur à quel point le mimétisme l’a minée. Pourtant, lorsqu’elle avait senti ce qu’il y avait de faux dans le jeu de Sebastian au concert des Messengers, nous avions cru à l’authenticité de son sens artistique. A la façon dont elle a finalement une vie hollywoodienne caricaturale avec un époux étrangement semblable au Greg des débuts, nous prenons conscience – et elle aussi en écoutant Sebastian jouer – qu’elle a choisi la part d’elle-même qui était la plus faible et la moins intéressante. C’est lui qui était fort et elle qui était faible ; c’est lui qui était libre et elle qui ne l’était pas. Elle prend conscience de l’irréversibilité des choix radicaux dans une vie.

Le scénariste réalisateur a voulu éviter une fin romantique et être ‘moderne’ en mettant en relief que concilier carrière professionnelle et vie de couple était quasi impossible dans le monde d’aujourd’hui. Ce qui nous attriste in fine est bien qu’elle avait la possibilité de choisir autrement. Elle s’était vexée lorsque Sebastian lui avait dit, lors du dîner aux chandelles, qu’elle s’était intéressée à lui parce qu’il était plus looser qu’elle et que cela la ‘rassurait’. En fait, il avait bien perçu à quel point elle était en fait dépendante du regard des autres. Lors de leurs adieux sur le banc surplombant la ville, on sent qu’il espère qu’elle réalisera la vacuité de sa façon de vivre son rêve artistique et qu’elle sera heureuse de bâtir quelque chose avec lui : il sent qu’elle doit parvenir à cette décision elle-même au plus profond. Leur amour était vrai en ce que chacun croyait en l’autre plus encore que lui-même. Quelque part, elle ne prendra conscience de cela qu’en l’écoutant jouer à la fin et l’on tremble alors pour le couple glamour mais ô combien creux qu’elle forme avec son mari David.

Emma Stone & Ryan Gosling

Réflexion sur ce qu’est l’amour véritable et ce qui le menace, sur ce que représente un choix intérieur personnel (est-ce que je veux être médecin ou ingénieur, artiste ou professeur, parce que d’autres, parents ou role-model, m’y poussent ou parce que j’ai discerné que c’est mon appel ?), La La Land aide à poser de bonnes questions et questionne l’imaginaire contemporain du couple. La pirouette que constitue le sourire ultime échangé entre Sebastian et Mia n’efface pas entièrement la déception que nous éprouvons au plus profond de nous-mêmes qu’une autre fin était possible. Mais impossible de s’engager en vérité sans se connaître un minimum soi-même. A méditer.

 

Marc Rastoin, sj

Les critiques ciné du Père Marc

 

 

 

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Commentaires

A toi la parole.

  1. grosdemouge says: février 16, 2017

    merci mon.père pour cette belle analyse. On croise peu souvent une telle.hauteur de vue à propos d’un film

  2. Thomas says: février 20, 2017

    Pourquoi nous autres catholiques ne pouvons-nous pas nous empêcher de moraliser les oeuvres d’art et, de manière générale, d’y trouver du sens, du sens et encore du sens ? Si la beauté, que poursuit tout artiste véritable, a bien une caractéristique, c’est précisément de signifier sans avoir besoin de la vieille béquille des discours. L’art signifie en silence, qu’il s’agisse du silence qui règne dans le cabinet de lecture, dans la salle du cinéma ou dans la salle de concert. J’en ai déjà trop dit ! Le père un tel est « allé voir ce film pour vous ». Ben non, on préfère aller le voir nous-mêmes.

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