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Journal d’un jeune diacre : Comme un voyage de noces

Publié par jeunescathos le 25 août 2015 - A la Une, Journal d'un jeune diacre, Vocations

Deuxième épisode du Journal d’un jeune diacre : Cédric de la Serre, 29 ans, raconte son expérience vécue en Terre Sainte après son ordination diaconale le 20 juin.

Citation du cardinal Lustiger, au monastère d'Abu Gosh

Citation du cardinal Lustiger, au monastère d’Abu Gosh

Les choix de vacances que l’on pose, quelques jours après une ordination, ne sont jamais anodins. Un peu comme pour un mariage, ils disent quelque chose de ce que l’on a vécu, et de la perspective avec laquelle on souhaite inscrire dans le temps ordinaire ce bel événement.

 Une expérience oecuménique

Ainsi, partir en Terre Sainte pour faire un mois d’études bibliques, quelques jours à peine après mon ordination diaconale, avait un bon goût de voyage de noces. Grâce à l’Association pour l’unité des chrétiens, j’ai eu la chance de recevoir une bourse d’études à l’institut Tantur de Jérusalem. Tantur est un institut international, de langue anglaise, fondé par le Pape Paul VI à la demande des observateurs des autres confessions chrétiennes invitées au concile le concile Vatican II. Ces théologiens avaient eu le sentiment d’avoir vécu une très belle expérience dont ils souhaitaient poursuivre la dynamique. La réponse du Pape s’est donc concrétisée par la création de ce lieu dédié aux études dans une perspective œcuménique et dont la tutelle a été confiée à l’université Notre-Dame (États-Unis).

Les 4 boursiers français, 2 futurs prêtres et 2 futures pasteures protestantes

Les 4 boursiers français, 2 futurs prêtres et 2 futures pasteures protestantes

C’est dans ce cadre que j’ai eu la joie de vivre et d’étudier durant un mois des matières bibliques, théologiques, archéologiques et historiques, dans un groupe interconfessionnel d’une douzaine de personnes issue de six pays différents. Pour qui prend au sérieux l’enseignement du Christ – « Qu’ils soient un, Père, comme nous sommes Un », il s’agit là d’un vrai défi en même temps qu’une belle opportunité ! (voir le blog écrit à quatre mains, avec les autres boursiers français, et qui en dit un peu plus sur ce que j’ai vécu: http://apuctantur.blogspot.fr/)

Marcher sur la terre de Jésus

Parti quelques jours à peine après mon ordination diaconale, j’avais, en visitant les lieux saints et les lieux où vécu Jésus, le sentiment d’approfondir l’intimité de ma relation au Seigneur. Je n’aime vraiment qu’en connaissant, et marcher sur la terre de Jésus, voir les mêmes paysages, sentir quelque chose de l’ambiance, du climat, de la géographie… fait ainsi mieux connaître l’homme Jésus et par là mieux l’aimer. Il y a des choses, dans la révélation que Dieu fait de lui-même, que l’on saisit plus intimement quand on les a vues, touchées, senties.

 Loin des images d’Epinal

Une vue depuis Capharnaüm: cela n'a pas changé depuis le temps de Jésus

Une vue depuis Capharnaüm: cela n’a pas changé depuis le temps de Jésus

Un exemple est frappant : les images d’Épinal qui nourrissaient mon imaginaire, les illustrations parfois un peu niaises des cahiers de catéchisme et la peinture sulpicienne me faisaient trop souvent extrapoler l’idée Terre Promise à partir de mon regard, très français. Sans confrontation avec la réalité, je l’imaginais comme un ensemble de collines verdoyantes, aux hautes herbes grasses et irriguées par de rafraîchissantes rivières, dans lesquelles paissaient de grosses et belles vaches et de gentilles petites chèvres. D’ailleurs, le psalmiste le dit : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer. Il me conduit vers les eaux tranquilles et me fait revivre »….

Or, cette fameuse Terre Promise, ce n’est ni la Basse-Normandie, ni les vallons suisses. Et c’est là qu’une visite sur le terrain permet de faire un pas dans une relation plus profonde avec le Seigneur et ce qu’il nous dit de lui-même : le livre de Josué décrit, après les années d’errance dans le désert, l’entrée tant attendue dans la Terre Promise, cette terre donnée par Dieu à son peuple, réputée « terre fertile où coule le lait et le miel » (Ex 3,8). Or, ce pays, plutôt qu’un vallon suisse, ressemble à s’y méprendre à un désert. En l’occurrence, à Jéricho – lieu d’entrée dans la terre promise -, le désert de Juda… Comment alors comprendre le don magnifique que devrait représenter la Terre Promise ? Comment saisir que ces pages de la Bible nous parlent à nous, aujourd’hui, et peuvent être la source de toute notre joie ?

L’expérience de la Terre Promise

Reste de l'incendie de Tabgha (au printemps), lieu de la multiplication des pains, qui dit quelque chose des conditions de vie des chrétiens de Terre Sainte, mais qui renvoie aussi au rejet qu'a subit le Christ.

Reste de l’incendie de Tabgha (au printemps), lieu de la multiplication des pains, qui dit quelque chose des conditions de vie des chrétiens de Terre Sainte, mais qui renvoie aussi au rejet qu’a subit le Christ.

En chrétien, je prends au sérieux la Parole de Dieu, et, si je ne peux pas avoir une lecture fondamentaliste de l’Écriture, je ne peux pas pour autant passer au-dessus de tel ou tel passage au nom du fait qu’il me semblerait irrecevable ou incohérent avec le reste.

Il me semble, de ce fait, que la visite de la Palestine permet de toucher du doigt quelque chose de l’expérience qu’ont fait les hébreux et dont les récits bibliques rendent compte. Cette expérience, le psaume 23 la résume très bien. Ce n’est rien de moins que la possibilité de clamer en vérité – et même au milieu du désert – « je ne manque de rien, sur des prés d’herbe fraîche Il me fait reposer ; Il me conduit vers les eaux tranquilles et me fait revivre ». Crier cela dans un désert lui donne une force bien supérieure à nos rêves romantiques de pays d’Auge éternel ! Oui, au milieu d’un désert aride et hostile, l’expérience de l’entrée en Terre promise nous permet d’affirmer que l’on ne manque de rien !

Une expérience spirituelle …

"Heureux les artisans de paix..."

« Heureux les artisans de paix… »

Cette expérience forte, et à mon sens tout à fait bouleversante, il me semble que c’est celle de la présence et de la prévenance de Dieu : en remettant notre vie dans les mains de Dieu, en le laissant en être le maître et la conduire, alors on entre dans la Terre Promise. Ainsi, « entrer » n’est plus à entendre essentiellement selon une perspective géographique ou topologique, mais bien spirituelle. D’ailleurs, les découvertes archéologiques – ou plutôt l’absence de découvertes de traces de la prise de Jéricho – va dans ce sens : ce qui est décrit n’a ainsi pas tant l’ambition de rendre compte d’un événement historique que d’une expérience spirituelle. Celle-ci n’étant plus tellement inscrite ni dans le temps ni dans la géographie, devient alors accessible à chacun.

L’expérience de jeune diacre

Faire cette expérience au lendemain de mon ordination diaconale donne à celle-ci une saveur renouvelée et encore embellie : Celui qui me conduit à travers le désert – c’est-à-dire l’aridité de ma vie peccamineuse et limitée – vers cette Terre Promise, et qui est en même temps le lait et le miel qui y coule, l’oasis d’eau et d’ombre au milieu du désert, c’est le Christ. Lui seul est le vrai repos auquel tous nous aspirons et pour lequel j’ai l’ambition de donner ma vie : en faire l’expérience est le point de départ de toute vie chrétienne, c’est une expérience de renouvellement de ma vie intime avec Jésus Christ, très opportune quand on est jeune diacre !

Cédric de la Serre

 

 

Cédric de la Serre, 29 ans

 

 

 

 

1er épisode du Journal d’un jeune diacre : l’ordination, « une grande joie » !

Journal d’un jeune diacre
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Commentaires

A toi la parole.

  1. p.Etienne M says: août 25, 2015

    Attention à ne pas déshistoriciser excessivement la révélation, sous prétexte de spiritualiser la foi… L’erreur récurrente en archéologie est de confondre absence de preuve est preuve de l’absence. Le gnosticisme survient quand on se coupe des racines, et le péché rationaliste en théologie conduit plus à l’éther qu’au Christ.

    • Cédric says: août 26, 2015

      Merci p. Etienne M pour votre commentaire.

      Je suis bien d’accord avec vous qu’il ne faut pas « déshistoriciser » ce qui est historique dans la foi ou pourrait l’être. Mais j’ai voulu souligner qu’outre la première lecture du texte – à prétention historique – on peut en faire une autre (qui ne lui est pas contradictoire ou opposée), métahistorique, et qui s’adresse ainsi potentiellement à tous, et donc aussi à moi (d’où le témoignage de mon expérience personnelle). Et cette seconde lecture, selon l’expérience que j’ai vécue, conduit bien au Christ: Pouvoir dire le psaume 23 au milieu d’un désert, sans contradiction et en vérité, ce n’est pas de l’éther!

      En revanche, le risque de trop « deshistoriciser » la foi n’est pas tant de conduire au gnosticisme qu’au spiritualisme. En effet, le gnosticisme, dans les mondes juif et chrétien antiques, était un ensemble de doctrines plus ou moins syncrétistes, selon lesquelles le salut tient à la connaissance de vérités cachées et révélées aux seuls initiés.

      J’espère que ces précisions permettent une lecture plus juste et précise de mon propos, prêtant moins à confusion. Autrement, je demeure disponible pour préciser tel ou tel point ambiguë, confus ou peu clair.

      Soyez assuré, p. Etienne M., de ma prière.
      Cédric

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